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OBJECTIFS
participer à l'éducation et la formation civique du citoyen
renforcer les capacités des individus et des communautés à participer efficacement à la vie locale et nationale et à résoudre leurs problèmes.
aider à réhabiliter des valeurs éthiques et morales telles que l’honnêteté, l’équité, la conscience professionnelle, la tolérance, la solidarité.
contribuer a la promotion d'un citoyen d'un type de nouveau acquis aux valeurs républicaines et démocratiques et prompt à l'action en faveur du progrès, de la démocratie et de la justice
promouvoir par des actions appropriées d'éducation et de formation civiques des comportements favorables dans les domaines du civisme, des droits de l’homme, de l’économie, de l’environnement et de la santé ;
œuvrer pour le renforcement des droits économiques, sociaux et culturels des groupes vulnérables ou marginalisés et la consolidation de l'Etat de droit.
contribuer au renforcement de l’Etat de droit à travers la participation et l’encadrement aux processus électoraux crédibles
offrir une expertise en matière d'élaboration et d'évaluation de plans, projets ou programmes touchant le civisme et la consolidation de l’Etat de droit.
encourager les recherches, les études, la compilation de documents en matière civique et de formation des citoyens

          CITATION DU JOUR    

La connaissance sans sagesse est comme l'eau dans le sable

LA MAURITANIE : SOCIETE/HISTOIRE

CHAPITRE I : LA MAURITANIE : DES ORIGINES A LA FIXATION DE L’ORDRE SOCIAL

 DES ORIGINES A L’HEGEMONIE ARABE

  1. LA MAURITANIE ANCIENNE

  2. LES PREMIERS ROYAUMES

                        Du premier peuplement de la Mauritanie, on sait peu de choses. Les sites archéologiques, les gravures rupestres font remonter ce peuplement à des millénaires. Avant notre ère, cet espace était peuplé de Noirs, les Bafours, créateurs des premières palmeraies de l'Adrar. Affaiblis, ils seront progressivement assimilés ou refoulés par les Sanhaja, venant du Nord. Les Sanhaja sont des descendants de libyco-berbères présents depuis des temps immémoriaux en Afrique du Nord. Parmi les tribus Sanhadja du VIIème siècle, les plus connues, il y a les Lemtouna. Cette poussée de tribus berbères avait commencé dès le deuxième siècle de notre ère et se poursuivra jusqu’à la fin du VII eme siècle.

                        L'empire du Ghana, un des plus grands empires d’Afrique a duré cinq siècles approximativement de 745 à 1240.  Cet empire a connu son apogée au 11eme siècle. Il s’étendait alors de l’Est mauritanien (Hodh Charghi) où se trouvait sa capitale, Koumbi Saleh aux côtes du Golfe de Guinée.

                        Ce riche empire a attiré des visiteurs dont des chroniqueurs arabes comme El Bekri. Les « Chroniques » de ce dernier nous informent que ce royaume aurait été fondé par un peuple noir de cultivateurs, les Soninkés, peuple dont des descendants vivent toujours en Mauritanie au Mali et au Sénégal. Ces historiens décrivent Ghana comme ‘’le pays de l’or’’.

                         Aujourd’hui le site de Koumbi Saleh révèle la grandeur de cet Empire. En 734, les premiers arabo-berbères pénètrent au Ghana, où les souverains soninkés sont au pouvoir.

                        Les tribus berbères fondèrent le royaume d’Aoudaghost (ou Tegdaoust) au Ve siècle. Ce royaume constituait un maillon qui assurait un commerce transsaharien. Mais il représentait aussi une sorte de genèse pour un regroupement des tribus berbères de la zone. Il entra en contact avec son voisin du sud, l’Empire du Ghana.

  1. L’ISLAMISATION

                        Les premières incursions arabes au Sahara occidental avaient un but de conquête et d’islamisation. L'islam serait entré dès la fin du 7ème siècle pour se propager rapidement. Les Lemtouna et d’une manière générale, les Sanhaja furent islamisés en masse au 8eme et 9eme siècle. Si ces incursions n’établirent aucune domination, elles permirent cependant, après un accord conclu avec les Sanhaja, de faire pénétrer plus au Sud l’Islam, et d’apprendre l’existence du riche et puissant empire du Ghana.

                        Avec l’avènement des Omeyades et des Fatimide d’Ifriqiya, la demande en or pour le monnayage se développe. Le commerce transsaharien devient régulier. Des caravanes partent du Sousse chargées de cuivre, d’argent, de produits artisanaux et de verroteries jusqu’à Aoudaghost où ils rencontrent les marchands noirs venus de Ghana. Ils en repartent avec un or de bonne qualité, ne nécessitant aucun raffinage avant la frappe des dinars d’or.

                        La ville d’Aoudaghost, d’abord peuplée de berbères Sanhaja, accueille de plus en plus de marchands arabes venant du Nord et ainsi l’Islam commence réellement à s’implanter au sud du Sahara.                 

  1. LES PREMIERS CHANGEMENTS

  2. LES MOURABITOUNES (LES ALMORAVIDES)

Le développement du commerce transsaharien avec la constitution de nouvelles routes allait placer les populations berbères Sanhaja au cœur d’une nouvelle économie. En effet, les Arabes installés au Nord de l’Afrique, en Ifriqiya et au Maghreb demandaient de plus en plus d’or, de sel et des esclaves. Alors, les berbères qui contrôlent la ville stratégique d’Aoudaghost et qui sont en relation avec Ghana allait être au centre de ce nouveau dispositif. Partiellement islamisés et souvent superficiellement, ces berbères commencent à connaitre de profonds changements.

            Tout commence lorsque Yahya Ibn Ibrahim, un des chefs Lemtouna, principale tribu des Sanhadja, de retour de la Mecque ramène un prédicateur sunnite Abdallah Ibn Yacine. Son enseignement fut d'abord rejeté. Aussi Abdallah Ibn Yacine fonda-t-il un ribat (couvent militaire, d'où le nom al-Murābitūn (Mourabitoune), « ceux du ribat », hispanisé et francisé en Almoravide), très probablement sur l’ile de Tidra. Il prêchait avant tout l'obéissance à la lettre du Coran et l'importance de la discipline. Les premiers Almoravides parvinrent rapidement à imposer leur vision religieuse aux autres Sanhaja.

                         Les Sanhadja vont s’unir progressivement et deviennent les propagateurs d’une foi religieuse, rigoureuse de rite malékite. Ils s’emparent rapidement de Sidjilmassa et Aoudaghost est conquise en 1054. Au sud, dès 1054, Abu Bakr Ibn Omar, chef militaire almoravide, attaqua l'empire du Ghana. Abdallah Ibn Yacine mourut au combat vers 1059. Abu Bakr Ibn Omar fut son successeur. Cumulant l'autorité religieuse et militaire, il est considéré comme le premier souverain almoravide.

                        Les Almoravides se dirigèrent alors vers le Nord sans trouver de réelles résistances.  Ils fondèrent la ville de Marrakech vers 1061. Mais, Abu Bakr Ibn Omar fut contraint de retourner au Sahara afin de calmer des querelles entre tribus Sanhaja. Il confia le pouvoir au Maghreb extrême à son cousin Youssef Ibn Tachfine. Youssef s'érigea en souverain. Abou Bakr s'empara de la capitale du Ghana en 1076, Koumbi Saleh, ce qui provoqua l'effondrement de l'empire pendant les décennies suivantes.

                        Youssef Ibn Tachfine poursuit ses conquêtes au Nord et prend Salé. Les Almoravides fondent le Royaume de Tlemcen et s’avancent en prenant Alger en 1082 en battant les Zénètes. La première grande mosquée sunnite de rite malékite, la Grande Mosquée d'Alger, est alors bâtie par Youssef Ibn Tachfine. L’empire almoravide englobait alors une très grande partie du Maghreb occidentale en plus du Sahara.

                        En 1086, Ibn Tachfine fut appelé au secours par les princes arabes d'Espagne, pour les aider contre Alphonse VI de Castille. Débarqué le 30 juin, Ibn Tachfine gagna la bataille contre Alphonse VI à Sagrajas (Zalaqa en arabe). Il conquiert pour lui-même toute l’Andalousie entre 1090 et 1094. C'est l'apogée des Almoravides. L’empire s’étendait alors de l’Ebre au Fleuve Sénégal : c’est ‘’l’Empire des deux rives’’.

  1. LES INVASIONS ARABES

                        A partir du XIIIe siècle, les berbères seront submergés par des vagues conséquentes d’immigration arabe. Partis du Yémen, les Béni Hilal et les Béni Souleiman vont passer en Égypte pour descendre sur l’Ifriqiya (Tunisie) et finissent par balayer le Maghreb. Mais c’est le groupe Maaqil, mené par la tribu des Béni Hassan qui va s’installer en nombre au Sahara occidental sur un territoire compris entre l’oued Draa et l’actuelle Mauritanie. Pendant trois siècles, de la fin du 14ene siècle au début du 17eme ils vont peu à peu s’installer en Mauritanie : c’est la vague la plus nombreuse et la plus marquante dans le pays. Cette arrivée massive des Arabes Béni Hassane va susciter des frictions avec les tribus Sanhaja.

  1. LES CITES ANCIENNES, POLES COMMERCIAUX

                        L’espace mauritanien s’est défini très tôt comme un espace commercial entre le Maghreb et l’Ouest africain par le Sahara, de par sa situation géographique. Un espace d’échanges et de production aux confins du désert et des terroirs de savane.  Mais dans cet espace non administré, non calibré, la compétition est des plus rudes. Le contrôle sur les oasis, les points d’eau et routes de commerce reste l’enjeu principal des conflits entre tribus nomades elles-mêmes d’une part et entre elles et les populations sédentaires d’autre part.

                        Walata est la plus ancienne cité du pays, construite au VIIe siècle par des Soninkés probablement et intégrée à l'empire du Ghana. Elle fut détruite en 1076 et restaurée en 1224, redevenant un poste commercial sur les routes du Sahara. Ville religieuse mais aussi commerçante, elle a beaucoup souffert des pillages et rezzou et fut le refuge de beaucoup de persécutés du Tafilalet.

                        La poussée Almoravide au 12e siècle a abouti à la fondation des villes de Ouadane en 1141 puis de Tichit. Ouadane était une cité caravanière pour le commerce transsaharien. Sa spécifié était qu’elle possédait une riche palmeraie avec d’importantes activités agricoles et d’avoir une abondante faune pour la chasse d’où la présence d’une forte colonie de chasseurs traditionnels, les Amgariges Puis, elle tombe au 15eme siècle aux mains de la tribu des Idawalhadj.

            Vers la fin du 13eme, Chinguetti vit le jour comme étape pour les caravanes. La bourgade grandira rapidement pour devenir une cité active au milieu du 14eme siècle. La Mosquée fut construite et des bibliothèques établies La vocation de la cité fut principalement le commerce caravanier et le point de ralliement pour le pèlerinage à La Mecque. Au début du 16eme siècle Chinguetti devenait un important centre de commerce caravanier entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire, et surtout la plus grande métropole culturelle de la région, centrée sur la culture nomade. Elle est devenue la 7eme ville sainte de l'islam. Des tribus d'origine berbères et arabes y cohabitaient pratiquant le commerce et les activités religieuses, tribus ancêtres des Idawa’aly, Laghlal et Smacide.

  1. LES PREMIERS CONTACTS AVEC LES EUROPEENS

                        En 1443, Nunu Tristão découvre l'île d'Arguin au large de la Mauritanie. Dès lors, Henri le Navigateur tente d'attirer sur cette île, stratégiquement située non loin de leur route, les caravanes qui traversent le Sahara transportant l'or, l'ivoire et les esclaves échangés contre les produits achetés au Maroc. Il y fait construire un fort avec un administrateur héréditaire. C'est le premier comptoir régulier. Ils cherchèrent dès lors à atteindre les routes des caravanes pour détourner à leur profit le commerce de l’or et des esclaves du Soudan. Leur attention se porta immédiatement vers Ouadane, qui était l’escale saharienne la plus proche du comptoir. Dès 1455, Ca da Mosto nous parle déjà de ce ksar ; ce qui semble indiquer que des relations s’étaient déjà nouées entre Ouadane et Arguin.

  1. L’HÉGÉMONIE DES GUERRIERS HASSANES (ARABES)

                        La pression des tribus arabes de plus en plus nombreuses va accélérer les frictions entre elles et les tribus Sanhaja autochtones. Les conflits se font plus importants dans la zone à fortes densités comme le Trarza, le Brakna et le Hodh. L’arrivée au pouvoir à Marrakech en 1509, des Saadiens qui sont des Béni Hassane puis sur le trône du Maroc en 1604 renforce les Arabes qui ne cachent plus leur volonté hégémonique.

                        Les premiers conflits éclatent au Hodh où une tribu guerrière, les Oulad Mbareck soumettent des tribus et autres groupements à leur autorité. C’est l’ébauche du premier Émirat. Mais c’est au Trarza et Brakna que le conflit devient plus sérieux.

                        En 1584, suite à un conflit banal, la confrontation commence entre Zewaya (principalement maraboutiques) et Hassane dans le sud-ouest mauritanien. Il faut rappeler que les Zewaya sont offusqués par la quasi-présence des Hassanes et leur volonté hégémonique. Les Zewaya se regroupent en confédération et mettent à leur tête un Chef, un Imam Nacer Eddine des Oulad Deymane. Celui-ci ne cacha pas sa volonté d’instaurer un État théocratique, appliquant la Charia. Il essayera de rééditer l’exploit des Almoravides.

                        Mohamed El Yedaly Deymany  dit dans ses écrits que l’armée de Nacer Eddine compte 12.000 combattants (comme celle d’Abou Bakr, chef des Almoravides). Les tribus guerrières du Trarza et du Brakna se coalisent. La guerre dite de « Char Bebbe » connut des hauts et des bas et finit par la défaite des Zewaya en 1664. Les Hassane ou guerriers imposent aux vaincus des conditions dont la plus importante est la renonciation au port des armes. Désormais les guerriers prennent le pouvoir temporel, politique et militaire.

                        Cet épisode marque un tournant dans la société maure car il va déboucher sur la constitution des Émirats au Trarza et au Brakna puis en Adrar avec la fin de la résistance des Ideychilli. Au Tagant la puissante confédération des Lemtouna, les Idow-Ich crée son propre Émirat.

 

CHAPITRE II : LA FIXATION DE L’ORDRE TRADITIONNEL MAURE

 LA CONSTITUTION DES EMIRATS

  1. LE POUVOIR EMIRAL

            La mise en place des émirats coïncide donc avec la stabilisation de la domination des tribus guerrières arabes. Les émirats qui vont se former (Trarza, Brakna, Adrar, Tagant et Oulad Mbareck au Hodh) et plus tard les Mechghouf vont être extrêmement centralisés autour du pouvoir du personnage central, l’Émir. L’Émirat est une entité territoriale dirigée par un Émir.

            L’exercice du pouvoir apparait plus aristocratique, plus personnalisé parmi les guerriers, que parmi les marabouts, où il prend une forme plus collégiale. C’est d’ailleurs la thèse qui veut que les sociétés berbères soient plus ‘’ démocratiques’’ que celles des Arabes. Mais, l’émir est d’abord et avant tout le chef de tous les guerriers qui relèvent de l’Émirat. C’est de lui, en partie que les Hassanes tiennent leur autorité sur les groupes qu’ils exploitent (les Tributaires ou Lahma) ou qu’ils protègent (les Marabouts ou Zewaya) dans l’aire d’influence territoriale qui relève de l’émirat.

            Au premier rang des signes et des insignes du commandement, est l’exercice de l’autorité dans le campement émiral, appelé Mahsar chez les Trarza et les Brakna et Hila au Tagant, en Adrar et au Hodh. Dans ce campement réside la cour de l’Émir, cour qui regroupe ses courtisans, ses dignitaires, ses intendants, ses forces de police. Une cour mobile qui se déplaçait au gré des circonstances et des pâturages. Dans chaque campement émiral il y avait un tambour de guerre ou Tbal qui était fixé à proximité de la tente de l’Émir et qui symbolisait l’autorité sur l’ensemble de l’émirat.

            L’Émir a ses conseillers juridiques, des marabouts qui dirigeaient les prières, rendaient la justice, notifiaient les actes, attachaient les mariages, Ils étaient aussi souvent des médecins.

            Le fonctionnement de l’Émirat est fondé sur la mobilisation d’alliances segmentaires mouvantes dans le cadre d’un réseau hiérarchique de relations politiques liant des groupes de statuts différents.

  1. L ’EXERCICE DU POUVOIR

            L’exercice de cette autorité se marque avant tout par la perception de taxes individuelles ou collectives sur les groupes assujettis de l’émirat, appelé Horma ou sur les caravanes qui passent comme le Ghaver.

            Le Ghaver, taxe collective de protection, versée par les étrangers de passage dans un émirat, était aussi généralement perçue par l’émir. 

            Chez les Trarza et les Brakna, des redevances particulières étaient perçues par l’Émir sur les activités agricoles, l’Abbakh qui consistait entre 120 et 160 kg par champ cultivé. L’émir prélevait des redevances sur l’exploitation des salines au Sud de Nouakchott. Au Trarza et Brakna, les tribus Zewayas vaincues devaient donner le tiers de l’eau puisée aux Hassanes. Tous les Zewaya des émirats du Trarza et du Brakna n’étaient pas concernés au même titre par ces dispositions. Seules les tribus maraboutiques qui ont pris part à la guerre de Char Bebbe étaient impliquées dans leur application.  Elles en subissaient le poids de manière très variable, selon leur rang, les alliances particulières qui les lient à tel ou tel groupe Hassane, selon la conjoncture économique.

            Enfin les émirs des Trarza et du Brakna, et plus tardivement, celui du Tagant recevaient de la part des traitants européens, puis de l’administration coloniale des ‘’coutumes’’ comme droit de passage de la gomme.

            A partir du 18eme siècle, la compétition s’accéléra pour le commerce de la gomme. L’Émirat du Trarza et celle du Brakna ne tardèrent pas à comprendre l’intérêt qu’il pouvait tirer de ce commerce.

            Les Français supplantèrent les Hollandais et prirent le contrôle de Portendick (déformation de Port Heddi du nom de l’émir du Trarza), le comptoir situé au nord du Nouakchott.

            Pour se concilier les bonnes grâces de l’Émir du Trarza, les commerçants lui offrirent des cadeaux de surenchère en échange de l’exclusivité de la vente en leur faveur de la gomme. Ces « coutumes »’ qui consistaient en pièces de tissu, de fusils, poudre, d’outils allant des couteaux et ciseaux aux aiguilles, de filières de perles, de corail, d’ambre, de papier et de sucre.

            L’existence de ces « coutumes » allait raviver la compétition au sein des familles émirales au Trarza et du Brakna. Ce qui allait être un facteur d’instabilité politique avec son lot d’assassinats d’Émirs et partant d’anarchie à partir du milieu du 19eme, hâtant la conquête coloniale.

 

  1. LA STRUCTURE SOCIALE EN MILIEU MAURE

            Le triomphe des guerriers et la constitution des émirats parachèvent l’organisation sociale. Cette organisation profondément inégalitaire, était et reste d’ailleurs fortement hiérarchisée. On hérite son statut par la naissance. Ainsi on distingue cinq catégories sociales partagées en nobles et serviles. Il faut noter que cette structure n’est pas d’origine arabe en ce sens que tout l’espace Sahélo-soudano-saharien qui va du Sahara occidentale aux environs du Lac Tchad en engloba la partie occidentale de l’Afrique à une structure sociale fortement marquée par l’héritage mandingue du système des castes

 (griots, forgerons, esclaves). Cela s’explique par la rencontre de deux systèmes guerriers : des arabes Beni Hassane, conquérants et le vestige du système guerrier mandingue qui était dominant au Soudan.

  1. LES CLASSES SUPERIEURES

  1. LES GUERRIERS

            Le guerrier est celui qui porte les armes et exerce de ce fait un pouvoir militaire sur les autres.  En principe le guerrier se soumet à un code impliquant des règles de conduite comme le courage au combat, l’honneur et la générosité.

            A ce titre la société fait une distinction entre le Maghevri, le guerrier à l’âme haute, qui ne vole pas, ne pille pas, et respecte les préceptes religieux et le Hassani qui n’hésite pas à afficher sa violence, à molester les classes inferieures ou à piller et qui n’est pas très à cheval sur les préceptes religieux.

Les guerriers ne pratiquent pas de travail manuel : ce serait se déchoir que de se livrer soi-même aux corvées de l’élevage, aux forages des puits ou de pratiquer le commerce.

  1. LES MARABOUTS

            Le marabout est celui qui se spécialise dans l’instruction, la connaissance. Depuis les Almoravides, l’érudition et l’instruction religieuses étaient cultivées chez des tribus en pays maure selon une conception rigoureuse et légaliste de l’Islam. Comme la plupart d'entre elles se livraient déjà aux études islamiques, la conversion et la spécialisation de certaines de ces tribus dans les connaissances ne fut qu’aisée. Ils voyaient un honneur le fait de se consacrer à la tradition culturelle arabo-islamique.

            Cette spécialisation fonctionnelle leur assignait en principe un statut social légèrement inférieur ou même équivalent dans certains cas à celui des guerriers. Mais les lignages maraboutiques ne jouissaient pas tous d’un prestige comparable. Comme chez les guerriers, les marabouts peuvent être Zawi ou Maret. Le Zawi respecte les préceptes religieux et a un honneur. Le Mrabet a des connaissances mais néglige son honneur. A cote des grandes familles connues et respectées, avantageusement qualifiées de Ashiakh, nobles Zewaya, il y’avait une masse de modestes les Tolba, plus ou moins lettrés.   

 

  1. LES CLASSES HISTORIQUEMENT DOMINEES

  1. LES TRIBUTAIRES

            Dans la société maure traditionnelle deux termes synonymes désignent les tributaires : Aznaga ou Lahma (Lahma veut dire ‘’viande’’. Ce qui renvoie à l’idée d’exploitation bénéfique). Aznaga peut renvoyer au terme Zenâta (des franges d’une confédération de ces tribus berbères qui ont dû être vaincues). Les tributaires ne s’adonnent pas aux activités laissées aux deux autres catégories supérieures qui sont les guerriers et les marabouts. Leur principale activité est l’élevage.

            Les principales redevances payées par les tributaires portaient le nom de Ghrama ou Horma, redevances personnelles patri-linéairement transmissibles, et payables annuellement par les individus adultes de sexe masculin, ou plus précisément les chefs de tentes. Du côté des suzerains, seuls en héritent les hommes.

  1. LES FORGERONS

            Ce sont des artisans polyvalents qui fabriquent les instruments indispensables à la vie nomade : armes, bijoux, coffres, bois de tentes, récipients, cadenas, etc. Leurs femmes sont les professionnels du cuir : sandales, selles, sacs, outres, coussins. Ils vivent dispersés par famille et se rattachent à des campements ou à des lignages.

  1. LES GRIOTS

            Ils sont moins nombreux que les forgerons car on ne les rencontre guère que dans les tribus guerrières, surtout à la cour des chefs : musiciens, chanteurs, danseurs, généalogistes mais aussi confidents voire conseillers écoutés des grands. Chantres du pouvoir guerrier, les griots, qui exaltaient par leurs dithyrambes l’ardeur au combat et la générosité de la chevalerie traditionnelle. Ils jouaient aussi un rôle important dans la propagation de la culture arabe en popularisant sa poésie classique et locale.

  1. LES ESCLAVES ET AFFRANCHIS

            L’esclavage est historiquement né en Mauritanie de la rencontre de deux races et du rapport de force favorable qui s’est très tôt établi, sur le plan militaire, en faveur des Arabo-berbères. La catégorie composée des esclaves et affranchis en est arrivée à constituer un groupe très nombreux dans la société traditionnelle mauritanienne, mais aussi le plus intimement lié aux groupements dominants, économiquement mais aussi idéologiquement.  Cet esclavage est dans toutes les ethnies.

            Certainement antérieur à l’islamisation, l’esclavage tel qu’il était pratiqué a pour source idéologique la naissance et la guerre sainte. En fait toute action armée, toute razzia étaient l’occasion pour certains vainqueurs d’acquérir des esclaves, quitte à en faire le commerce par la suite.  L’esclave, ou Abd, est un bien meuble de son maitre qui l’acquiert par don, achat ou héritage. Il n’a aucun droit patrimonial, hormis la bonne volonté de son maitre. L’affranchi, le Hartani tout en étant un homme libre demeure très lié à son ancien maitre et à sa famille. Devenu libre, le Hartani peut posséder, hériter y compris des esclaves.

  • LA STRUCTURE TRIBALE

  1. ORGANISATION

            La structure de base dans la société maure est la tribu, la qabila. C’est une structure politico-généalogique qui constitue l’illusion nécessaire de la communauté d’origine généalogique, base de l’architecture sociale. La tribu maure est fondée sur le modèle l’ordre généalogique segmentaire. Elle est donc fondée sur l’illusion ou la conviction d’un ancêtre commun. Tous les membres d’une même tribu descendraient d’un même ancêtre. D’ailleurs la tribu fait toujours référence à cet ancêtre. La tribu s’intitule « Oulad un tel » (Oulad signifie en arabe : ‘’les fils de...’’).

            La tribu est une forme d’organisation politique dominante, un mode de rattachement, d’identification hors duquel les individus eux-mêmes n’avaient pour ainsi dire pas d’existence. La société maure se conforme au modèle le plus courant en matière de filiation : la filiation patrilinéaire (le nom se transmet par le père), c’est le sang du père qui transmet le statut social, économique.

            La tribu s’organise en lignage et finit par comporter des fractions. Chacune avec un ancêtre. Mais tous les fils des tribus sont égaux en vertu du lignage qui les rattache au même ancêtre. Cela crée une solidarité, une assabya (comme on dirait en arabe). Les fractions finissent par donner des branches et des familles (ou tentes).

  1. FONCTIONNEMENT

            Avec la tribu, la formation sociale traditionnelle maure accède pleinement à la dimension politique.  C’est dans la cellule familiale que se passe l’appropriation-- individuelle du bétail mais c’est au niveau des fractions et des tribus que se situe l’allocation des droits fondamentaux du pastoralisme nomade : Fractions et tribus se réservent la maitrise de leurs itinéraires. Au sein de cet ensemble tribal, une compétition sourde (parfois ouverte) finit par s’installer entre les fractions et même au sein des branches et des familles. Dans le milieu guerrier cette compétition peut être violente en cas de contrôle du pouvoir émiral ou tribal. Ce qui provoque parfois des conflits violents ou des assassinats. Au sein des tribus maraboutiques la promotion d'une branche (réputation, richesse, ...) peut créer des envies ou des jalousies. Ainsi l’ensemble tribal est fragilisé par ces tendances à la compétition, par cette

‘’Segmentarité’’. En revanche, la tribu se regroupe en cas de menace ou danger extérieur.

             C’est ce mouvement de fission et de fusion continuel qui rend la tribu insaisissable. Mais l’élément fondamental qui maintient l’unité de la tribu dans un milieu hostile est la responsabilité collective qu’elle exerce à l’égard de ses ressortissants, symbolisés par le paiement collectif du prix du sang, la diyya.

            Pour conserver sa capacité de mobilisation, son rôle d’aiguillon de l’imagination, d’aimant de la sensibilité et de la fierté communautaire, la parenté et le lien généalogique (Nassab) doivent demeurer clairs et évidents. C’est pourquoi chacun en parle, on le codifie. C’est pourquoi aussi la généalogie se fabrique pour renforcer le clan. En milieu maure et presque partout dans le monde

Musulman prévaut  ‘’le mirage oriental’’. Chaque tribu, et parfois chaque famille cherche à faire remonter son origine au Prophète Mohammed (PSL) ou à ses cousins Koraïchites ou au moins à une tribu arabe prestigieuse

            En milieu guerrier, l’Émir bénéficiait de pouvoirs étendus car c’est un chef de guerre généralement respecté pour son courage et sa lucidité. Mais il avait besoin de l’avis, de l’assentiment des principales figures de sa tribu pour pouvoir mener à bien ses entreprises guerrières. Car dans cet environnement tribal mouvant la défection était facile. Les luttes de clans, les ambitions entre cousins obligeaient l’Émir ou le chef d’une tribu guerrière à rester vigilant pour déjouer tout complot. Car le chef guerrier n’est que provisoirement le premier parmi ses frères, ses cousins, ses pairs…Et sa prééminence, même si elle bénéficiait parfois du poids de la tradition (quand ses pères et grands - pères étaient déjà des chefs) devait s’appuyer pour durer, sur des stratégies.

            Mais les compétitions segmentaires exposaient donc constamment le chef de tribu guerrière a des règlements de compte pouvant aller d’affrontements sporadiques avec des cousins plus ou moins lointains à des luttes sanglantes avec des neveux, des oncles, des frères. Cela donne à ce pouvoir une fragilité structurelle qui alimente l’instabilité chronique. Le pouvoir n’est maintenu qu’à coup de courage, de ruses mais aussi de générosité matérielle.

            Les tribus Zwaya essaient de fonder leurs comportements sur les règles édictées par l’Islam. Car la religion est au centre des préoccupations des tribus maraboutiques. Le leadership de la tribu ne pouvant d’ailleurs être assuré que par une personnalité supposée probe et de surcroit éduquée. La ‘’noblesse’’ chez les Zwaya se mesure par le degré d’éducation et de piété atteint par un ancêtre. Plus ces ancêtres ne sont prestigieux, plus la famille, la branche, la fraction ou la famille est respectée. La compétition entre les familles et les tribus maraboutiques se passe principalement sur le terrain de la connaissance et de la sainteté, les deux étant souvent liées aux yeux des populations.

            Le leadership chez les Zwaya était donc plus stable que chez les guerriers qui s’entredéchiraient pour le contrôle du Pouvoir. Les mêmes familles dirigeantes peuvent se perpétuer sur deux et même trois siècles. Même si le centre de gravité de la tribu se déplace vers une famille devenue plus érudite ou plus ‘’sainte’’, l’ancienne famille dirigeante continuera à être respectée.

            L’enseignement était un élément fondamental de l’activité des Zwaya, pour des considérations religieuses et de prestige. L’enseignement ne s’adressait pas uniquement aux enfants Zwaya. Tous les enfants maures comme ceux des familles Hal Poular, Soninké ou Wolofs suivaient en principe un enseignement liturgique élémentaire en arabe.

            Certaines familles tenaient à ce que leurs enfants récitent le Coran par cœur, d’autres poussaient plus loin pour envoyer leurs enfants dans les Mahadras pour y poursuivre des études classiques de langue, de droit (Figh). Il n’y avait point de manuels et la mémoire du maitre était sa bibliothèque personnelle.

 

CHAPITRE III : LES SOCIETES NEGRO-MAURITANIENNES

 LES HAL POULAR ET LES PEULH

  1. ORIGINE

            Les Hal Poular ou Toucouleurs sont un rameau des Peuls fortement mélangé à d'autres ethnies comme les Sérères, les Wolofs. Les Toucouleurs sont une population de langue peule en Afrique de l'Ouest, vivant principalement dans la vallée du fleuve Sénégal, au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.

                        Même s'ils sont souvent présentés comme un groupe ethnique, il ne s'agit pas, selon l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, d'une ethnie, mais plutôt « d'un ensemble culturel assez homogène islamisé et foulaphone, c'est-à-dire parlant Peulh. On observe de très nombreuses variantes du nom: les désignant  Foutanké, Futankobé, Haalpulaaren, Haal Pulaar, Toucouleurs...Le nom « Toucouleur » est la déformation du mot Tekrour, le nom d'origine du royaume qu'ils ont fondé et qui  était un petit État contigu à l’Empire de Ghana,  situé dans la vallée du Sénégal et qui vivait du commerce de l’or provenant du Bambouk et du sel venant des salines d’Awlil.

            Le royaume se convertit à l'islam vers le VIIe siècle. Il survécut à l’Empire almoravide et à Ghana. Des sources, signalent au début du 16 Emme siècle l’or provenant du Tekrour dans le Fezzan et en Egypte.

  . Les Toucouleurs ont créé l'État du Fouta-Toro et le royaume du Boundou au Sénégal. Animistes à l’origine, ils se convertissent à L’Islam au XIème et XIIe siècle. Ils allaient par la suite devenir les plus grands propagateurs de l'islam en Afrique de l'Ouest.

            Les noms de famille Poular les plus courants sont: Athié, Aw, Ba, Bal, Baro, Bousso, Camara, Dia, Dieng, Diallo, Diaw, Diop, Gadio, Ka, Kane, Lo, Ly, Maal,  Sakho, Sall, Sarr, Sow, Sy, Tall, Thiam, Touré, Wane,  Wone.

            Dans la société peulh traditionnelle, les prénoms des enfants garçons ou filles sont choisis selon un certain ordre. Le premier enfant: garçon: Hamadi; la première fille: Diko ; le second enfant: garçon: Samba; la fille:  Coumba ; le troisième enfant: garçon: Demba; la fille: Penda ; le quatrième enfant: garçon: Yero; la fille: Daddo ; le cinquième enfant: garçon: Pathé ; la fille: Tako ; Il faut cependant noter que l’ancrage de la tradition islamique a répandu des noms comme Amadou, Ousmane, Aly, Boubacar, Abdoulaye, Cheikh, ainsi qu’ Aissata, Fatimata, Salimata, Meimouna, Aminata, Habsatou, Marieme…

            En 1609, des contingents Poular prêtèrent mains fortes au mouvement maraboutique de Nacer Eddine en difficulté face aux guerriers Hassanes. Petit à petit l’idée d’une coalition des Marabouts contre les Guerriers peulhs fait son chemin sur les deux rives du Fleuve Sénégal. Ainsi en 1776, sous la conduite de Souleymane Baal et Abdoul Kader Kane, la masse se révolta et renversa la dynastie des guerriers : c’est la révolution Torodo.

            Une nouvelle structure sociale naquit chez les Hal Poular, structure fondée sur la primauté des marabouts, les Torodo (Torodo veut dire : ceux qui récitent les prières.) sur les Sebbé, les guerriers.

            Au 19eme siècle, le grand résistant, El Hadj Omar Tall, un disciple de la Tijania fonde un empire toucouleur qui englobait une grande une partie de la vallée du Sénégal, le pays bambara et le Macina au Mali. Férocement combattu par les Français installés au Sénégal, cet empire se disloqua avec le triomphe de la colonisation vers l’extrême fin du 19eme siècle.

            La société Hal Poular comme la société maure est fortement hiérarchisée. Cette structure qui perdure de nos jours divise la société en deux grandes catégories : les hommes libres, les nobles et les personnes de statuts serviles.

  1. LES CATEGORIES DITES NOBLES

  2. LES TORODO : c’est la catégorie dite ‘’noble’’, les marabouts. C’est parmi eux que se

recrutent les Chefs, les Almamy qui sont toujours des érudits musulmans. Les Torodo sont généralement agriculteurs, maitres coraniques, commerçants …

  1. LES SEBBÉ: ce sont les guerriers. Ils avaient le pouvoir avant la Révolution Torodo. Ils étaient redoutés. C’étaient des chasseurs.

  2. LES TIOUBALO: ce sont les pêcheurs, les maitres de l’eau, du fleuve dont ils connaissent tous les secrets. 

  3. LES DIAWANDO : ce sont des entremetteurs, négociateurs, courtiers, diplomates. Ils étaient réputés pour leurs talents en ce qui concerne les stratégies guerrières, et pour gouverner. Ce sont aussi de bons commerçants.

  4. LES CATEGORIES HISTORIQUEMENT SERVILES

  5. LES WAYILBE: (Baylo au singulier) : ce sont les artisans du fer, forgerons et bijoutiers. Ils sont d’origines diverses : mandingues, peulhs ou wolofs.

  6. LES LAOBES : ce sont les artisans du bois et sont également d'origines diverses.

  7. LES MAABUBE (Maabo au singulier) : c’est le groupe des tisserands

  8. LES AWLUBE: (Gawlo au singulier) : ce sont les griots. Ils chantent les louanges des chefs et autres puissants.

  9. LES MATIOUBÉ: ce sont les esclaves. Ils sont au bas de l’échelle sociale

 

  1. LES SONINKES

  2. ORIGINE

            Les Soninkés sont un peuple mandingue de l'Afrique de l'Ouest sahélienne, établis principalement au Mali le long de la frontière mauritanienne entre Nara et Nioro du Sahel, ainsi qu'au Sénégal et en Mauritanie.

            Les Soninkés sont un peuple très ancien, car fondateurs de l’Empire du Ghana.  A la chute de Ghana, ils se sont éparpillés pour se concentrer au 13eme siècle dans un triangle situé sur le moyen cours du fleuve Sénégal dans une zone qui sera plus tard à cheval entre trois états : le Mali ; la Mauritanie et le Sénégal. Animistes à l’ origine, les Soninkés se sont convertis à l’Islam progressivement mais assez tôt. Peuple travailleur, plutôt paisible, ils ont continué à s’adonner à l’agriculture et au commerce.

            Les noms de famille soninkés les plus répandus sont: Bathily, Camara, Cissé, Cissoko, Coulibaly, Dabo, Doumbia, Diabira, Diagana, Diakité, Dansokho , Diawara , Djimera, Doucouré, Dramé, Fadiga, Fofana, Gakou, Gandega, Kanté, Kanouté, Keïta, Koïta, Konaté, Sadio, Sakho, Sidibé, Sissoko, Soumaré, Sylla, Tandia, Timera, Tirera, Traoré, Touré, Wagué, Yatéra…

            L'organisation politique soninké repose sur un système inégalitaire et fortement hiérarchisé. Contrairement aux Poulars, les Soninkés n’ont pas connu de Révolution et le Pouvoir est resté aux mains des guerriers comme chez les Maures.

  1. LES HOMMES LIBRES

  1. LES TUNKALEMMU : les princes qui ont vocation au règne

  1. LES MANGOU: guerriers, confidents, conciliateurs, diplomates.

  2. LES MOODINU: marabouts, lettrés. Leur origine remonte à l'implantation de l'islam en pays soninké (environ du XII Emme siècle)

  3. LES CATEGORIES HISTORIQUEMENT SERVILES

  1. LES TAGO : (singulier : Tague) : forgerons qui se consacrent au travail des métaux.

  1. LES SAKKO: ce sont les artisans du bois. On leur prête une puissance sur les arbres et sur les génies qui habitent la forêt. 

  2. LES JAARO: (singulier : jaare) : ce sont les griots

  3. LES GARANKO :(singulier : garanke) : ce sont les cordonniers, affectés à la préparation des peaux et des objets en cuir, ils pratiquent une endogamie relativement stricte.

  4. LES KOMO : (singulier : kome) : ce sont les esclaves et leurs descendants

 

III. LES WOLOFS

  1. ORIGINE

            Les Wolofs sont un peuple qui s’est détaché des Mandingues au 13eme siècle en fondant l’Empire du Djolof. Cet empire regroupait quatre royaumes : le Waalo, le Cayor, le Baol, le Sine au Sénégal actuel. Animistes jusqu’au milieu du 16eme siècle, les Wolofs embrassèrent l’islam progressivement sous l’influence des Dioulas mandingues, de Peulhs, Poulars et des arabo-berbères de Mauritanie.

            Les Wolofs de Mauritanie se concentrent dans l’extrême sud-ouest du pays : Keur Macène, Rosso.  Peu nombreux, ils influent très peu sur la vie politique mauritanienne. Les noms wolofs les plus communs sont: Boye, Diak,  Dieng,  Diop, Fall, Gueye, Leye,  Loum, Mbacké, Mbaye, Mbengue, Mbodj, Mbow, Mboup, Ndao, Ndaw, Nder, Ndiaye, Ndour, Ngning, Niane, Niang, Niasse,  Seck, Sock, Thiam, Thiongane, Wade. Des noms sérères se sont wolofisés comme Diouf et Faye.

            L’organisation sociale chez les wolofs est quasi identique à celle chez les Hal Poular avec deux groupes: hommes libres et gens des castes. Même la terminologie est de même consonance. La différence réside dans le fait que le Pouvoir politique est resté chez les guerriers, les Bour.

  1. LES HOMMES LIBRES

  2. LES BOUR : les rois et princes

  3. LES CEDDO: les guerriers

  4. LES JAMBUR: LE Peuple : les marabouts et les paysans

  5. LES CATEGORIES HISTORIQUEMENT SERVILES

  6. LES TEUGUE : les forgerons.

  7. LES LAOBÉ: les bucherons.

  8. LES WOUDÉ: les cordonniers.

  9. LES GUEWEL: les griots.

  10. LES DIAME : les esclaves

 

CHAPITRE IV : L’ISLAM AU CŒUR DE LA SOCIÉTÉ

 Les Mauritaniens sont sunnites, malékites et traditionnellement soufistes. Il faut expliquer ces trois termes.

 LE SUNNISME ET LE CHIISME

  1. AUX ORIGINES

            Apres l’assassinat du troisième Calife Ethmane (Osman), Ali, cousin et

gendre du Prophète Mohammed (Paix et Salut sur Lui) est proclamé Calife. Aicha, la veuve de Mohammed (PSL) forme avec des Koraïchites de la Mecque un clan qui réclame la punition des assassins de Ethmane. La rupture est consommée entre ce clan et des supporters d’Ali.

            Celui-ci est soutenu par ses adeptes, les chiites (« chi-aa » en arabe les supporters). Ceux-ci pensent qu’après la mort de Mohammed (PSL) sa succession aurait dû être dans sa famille. De ce fait la succession de Mohammed (PSL) doit obéir aux règles d’une succession divine. Le successeur immédiat de Mohammad devait être Ali. Le successeur doit être un Imam infaillible, ne commettant pas d'erreurs même humaines.

             D’autres musulmans pensent au contraire que le successeur doit être un Calife désigné par la Communauté. Ces deux tendances se séparent définitivement.

            La majorité reste dans la Tradition (Sunna en arabe) des Califes compagnons du Prophète (PSL) et reconnait les quatre califes et reprouve les luttes pour la succession : ce sont les Sunnites. Ils vont développer toute une voie, le Sunnisme. 

            Les partisans d’Ali se regroupent derrière ses descendants dont son fils Hussein et la voie se distingue et est désormais appelé Chiisme.

            Deux batailles s’étaient déroulées et Ali accepte l’arbitrage appliquant par cela le principe coranique de la médiation entre les Musulmans. Ce qui rend furieux ses partisans les plus fervents qui sortent de son camp et forment une secte, le kharidjisme (de l’arabe kharaja, sortir, allez en dissidence) estimant qu’il ne peut y avoir d’arbitrage entre le vrai et le faux. . L'un d'eux va même assassiner Ali en 66. Secte rigoriste, égalitariste le, le Kharidjisme était hostile aux privilèges. Il s’implantera au Yémen et sera importé en pays berbère (des zones de l’Algérie) par des arabes anti-Omeyades.

  1. SEPARATION SUNNISME-CHIISME

Le SUNNISME est une doctrine qui se veut modérer, opposée à la contestation des Pouvoirs en place.  Le mot sunnite dérive de Sunna (tradition en arabe) qui représente la ligne de conduite de Mohammed. Les Sunnites sont ainsi appelés du fait de l'importance qu'ils accordent à la Sunna, l'ensemble des paroles et des actions du prophète Mohammed (PSL) que tous les croyants doivent s'efforcer d'imiter. La Sunna et le Coran sont les deux sources principales de la loi islamique. L’idée existait déjà du vivant de Mohammed de le consulter et de suivre son exemple. En cas de doute sur une question religieuse ou juridique, il fallait s’assurer de ce que proposerait le Prophète. Les injonctions du Coran appelant à «obéir à Allah (Dieu) et à son Prophète » sont là pour conforter cette position...D’ailleurs les compagnons du Prophète, lorsque celui-ci était encore en vie s'attachaient à se rappeler de ses paroles et ses gestes et ils les transmirent après sa mort à la génération suivante, qui la passa à son tour à la suivante, et ainsi de suite.

            Ce qui caractérise fondamentalement l'islam sunnite c'est cette importance accordée à la sunna du prophète, sa pratique, une coutume à suivre pour la communauté, avec un élément d'exemplarité qui en fait une sunna normative, montrant l'usage tel qu'il doit être appliqué. Le comportement du prophète constitue la pratique idéale communautaire, le modèle de référence, la norme à respecter, dans tous les domaines jusque dans les moindres détails.

Après la mort du Prophète, lorsqu'une question religieuse ou juridique venait à se poser, il était d'usage parmi les hommes pieux d'examiner le Coran et la Sunna pour y trouver une réponse. De cette façon, l'autorité du Prophète se perpétuait même après sa disparition.

             Pour les Sunnites le Calife doit être désigné par la Communauté par consensus, par la majorité. Il n’est pas un Imam et n’est nullement infaillible. Le Sunnisme ne professe pas le droit à la révolte contre des autorités même dévoyées.

            Les Sunnites représentent plus de 90% des Musulmans et sont donc majoritaires partout sauf en Iran et en Irak.

LE CHIISME. Depuis leur sécession, les adeptes d’Ali, accordent une importance à leurs dirigeants religieux. C’est la grande différence avec le Sunnisme. Pour eux, après le Prophète Mohammad (PSL) qui a seulement révélé le Coran, des successeurs du Prophète devaient encore venir pour en donner l’interprétation.

            Les Chiites attribuent une importance cruciale au culte de l'Imam. Cet Imam chiite n'a rien à voir avec l'imam qui, chez les sunnites, préside simplement à la prière dans les mosquées. Il doit être un descendant d'Ali. Il est réputé infaillible dans l'interprétation du sens caché du Coran. Tous les fidèles lui doivent allégeance. L'Imam possède une science surhumaine, son enseignement à valeur définitive. Il est impeccable, infaillible, il connaît les choses cachées.                                   Le premier de ces Imams à leurs yeux fut Ali (mort en 661) et le dernier de ces Imams du nom de Mohamed, ne serait pas mort mais aurait été « occulté » en 874 et depuis, continuerait à influencer spirituellement les dirigeants chiites.                 L’Imam (Ali) est le continuateur de la mission de Mohammed. Il est le seul à connaître le sens intime (ésotérique) de l'islam, communiqué secrètement, selon les chiites, par Allah à Mohammed lors de son Ascension (en 621), puis par Mohammed à Ali, et transmis par celui-ci à ses successeurs. Il a une autorité doctrinale définitive faisant loi pour l'interprétation du Coran et de la Sunna.

            Mais les Chiites ne s'accordent pas sur le nombre d'imams légitimes. La plus grande majorité d’entre eux s'accordent sur l'existence de douze imams, y compris Ali et ses deux fils. Ce sont les chiites duodécimains. Pour eux, le douzième et dernier imam aurait disparu à l'âge de 8 ans du côté de Samara, près de Bagdad. Il est appelé à revenir à la fin des temps pour juger les hommes. Ces chiites duodécimains sont prédominants en Iran, en Irak mais aussi très présents au Liban.

            Une autre branche très influente quoique moins nombreuse est le chiisme ismaélien, qui reconnaît l'existence de sept imams, le dernier étant Ismaïl, disparu vers 765. Pour les ismaéliens, Mohamad s’inscrit dans une lignée de prophètes dont le dernier et le plus pur sera le Mahdi (guide suprême) qui viendra sur terre. Parmi les leaders ismaéliens, citons Karim Aga Khan

            Au niveau géographique, la quasi-totalité de la population iranienne est chiite, une majorité en Irak, des minorités au Liban, en Syrie ou encore en Inde et au Pakistan.

  1. DIVERGENCES DOCTRINALES ENTRE LE SUNNISME ET CHIISME

            La raison première de l'opposition entre sunnites et chiites tient à la question du Califat.  Les sunnites avaient limité le cercle de l'éligibilité à la tribu du Prophète (les Qoureich), pas à sa famille. Les chiites, eux, étaient partisans de la succession héréditaire de droit divin. Mais les Chiites dénigrent les Califes du Prophète surtout le troisième Ethmane. Ce qui scandalise les Sunnites qui vénèrent les quatre Califes dont Ali. Les Sunnites estiment qu’il faut éviter de se référer aux divergences qui se sont produits entre eux. Leur attitude consiste à les taire.

            La troisième source de théologie et de droit, le consensus, chez les Sunnites, n'existe pas dans le chiisme, puisque l'Imam est infaillible. Pour les Sunnites, l'impeccabilité et l'infaillibilité sont réservées aux Prophètes et la connaissance des choses cachées à Allah. Les Chiites ont leurs propres écoles de droit. Les différences entre les écoles chiites et sunnites sont peu importantes. La plus connue est celle concernant le mariage temporaire, maintenu par les Chiites et abrogé par les Sunnites.

             Les fêtes spéciales du Chiisme comme le 18 du mois de Dhûl-Hijja, fête de l'investiture d'Ali et le 10 du mois de Muharram, commémorant le martyr de Husseine à Karbala ne sont pas reconnues par les Sunnites. Ces fêtes sont des cavalcades et des flagellations : les pénitents se frappent la poitrine nue : on s'inflige des coups de couteaux sur le crâne rasé, le sang coule sur les habits blancs. La foule vocifère, les invocations à Hussein pleuvent, les femmes hurlent. Les Chiites se reprochent ainsi de n’avoir pas défendu Hussein contre le martyr.

            Les Chiites ont un clergé et sont organisés de manière hiérarchique, alors qu'il n'y a pas de hiérarchie ni de clergé dans le Sunnisme. L’Imam en milieu sunnite est un simple directeur de prière. Mais, la hiérarchie du Chiisme est organisée en pyramide.

            Au sommet, il y a le Grand-Âyatollâh ("signe de Dieu"), puis viennent les Ayatollâh (qui sont un collège de docteurs en théologie qui se cooptent entre eux), les Hodja al-islâm (« preuve d’Allah ») et les simples Mollahs, équivalents des imâms de mosquées du Sunnisme.

            A part les divergences sur la Sunna et sur la nature et le rôle du Califat, les Sunnites et les Chiites ont le même Livre, le Coran, les mêmes cinq piliers (sauf la confession de foi), la même liturgie des cinq prières quotidiennes (sauf la confession de foi qui est pour les sunnites: j'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité qu’Allah et que Mohamad est Son Prophète, à laquelle les chiites rajoutent: et que 'Ali est l'Ami d’Allah), et les mêmes grandes fêtes, notamment la Fête de la fin du jeûne ( Al Fitr) du Ramadan et la Fête du Sacrifice (Al Ad’ha).

 

  1. LES QUATRE ECOLES DU DROIT SUNNISTE

            L’Islam est une religion de loi : Allah a révélé aux hommes la voie qui doit être suivie, en d’autres termes la Shari’a : la loi sacrée qui pèse et discipline tout acte du fidèle et règle ses rapports avec Allah et avec les hommes. Le terme Shari’a signifie en Arabe littéralement « la voie droite ». Elle est le recueil des indications, des préceptes contenus dans le Coran, et de la Sunna (recueil de faits et de paroles du Prophète).

            L’interprétation de cette Shari’a par des hommes compétents, des éminents érudits a historiquement créé chez les Sunnites quatre grandes écoles de droit que sont : le Hanafisme, le Malékisme, le Chafiisme et le Hanbalisme qui ont simplement divergé sur des questions de jurisprudence mais qui sont unanimes sur les fondements. Ces écoles se valident entre elles toutes malgré certaines divergences. Les différences peuvent être sur des questions comme, à titre d’exemples :

  • Les ablutions avec des différences sur l’étendue des parties lavées : mains, bras

  • La prière: un seul « Salam final » pour clore la prière pour les Malékites, deux pour les Hanafites.

  • Les actes de mariage: la dot est une obligation pour les Malékites, elle ne n’est pas pour les Hanbalites. La femme doit avoir un tuteur pour attacher son mariage pour les Malékites. Ce n’est pas une obligation pour les Chafiites

  • les interdits alimentaires: le Hanafisme considère la viande chevaline comme iimpure, le chafiisme l’autorise et le Malékisme la répugne. Les animaux prédateurs canines sont interdits par le Chafiisme, le Hanafisme l’autorise mais le Malékisme sans l’interdire le réprouve. La viande de rongeurs comme le lapin est interdite ou réprouvée par le Chafiisme mais le Malékisme l’autorise.

              Les quatre écoles utilisent comme sources de jurisprudence le Coran, la Sunna (Paroles et pratiques du Prophète), l'Ijma'e (le consensus des experts) le Quiyas (le raisonnement par analogie), l'Ichtilhad (l’intérêt).

               Mais chaque école a son corpus législatif élaboré depuis des siècles. Ainsi les Emirats arabes unis recrutent des magistrats en Mauritanie (ou au Maroc) car les Mauritaniens sont malékites comme eux et appliquent la même jurisprudence. Ils ne recruteraient pas des magistrats en Arabie saoudite ou le Hanbalisme est de rigueur.

  1. LE HANAFISME

            Le Hanafisme a été lancé par Abu Hanifa (mort en 767) un Persan, qui faisait de l'estimation personnelle, une des sources de sa jurisprudence. C’est l’école dite de la libre opinion, axant sur le jugement personnel, et la recherche de la meilleure solution (au cas par cas, en fonction des convenances du moment et de l'équité). Il existe donc, du moins à l'origine, une certaine marge de manœuvre interprétative. Le rite insiste sur l'importance des textes et de la tradition.  Abu Hanifa  se montrait fort sévère quant à l'authenticité des hadiths. L'école hanéfite fut rapidement qualifiée d'école des non Arabes. Elle s’est répandue en effet en Turquie,  dans les Balkans, en Afghanistan, au Pakistan, en Inde, en Chine, en Asie centrale. Elle était d’ailleurs l’école officielle de l’Empire ottoman. En Europe elle est présente en Allemagne, au Royaume uni (du fait des immigrés)

  1. LE MALEKISME

            Le Malikisme, doctrine créée par Malik ibn Anas (mort 796) se base sur le droit musulman en vigueur à Médine du temps du Prophète Muhammad (PSL). La seconde école juridique, du point de vue chronologique. Elle est considérée comme l'école du Hadîth. Mâlik Ibn Anas était un juge de Médine. Sensiblement contemporaine de l'école hanéfite, elle représente une réaction des juristes d'Arabie contre le relatif libéralisme des docteurs irakiens. Le raisonnement n'était en fait toléré que lorsqu'il s'agissait de prendre en compte l'intérêt général, ou maslaha. L’école malékite accorde une place essentielle à la coutume de Médine, la ville du Prophète, qui aurait dit que : « L'islam reste attaché à Médine comme sa demeure.». Le Malékisme ajoute ainsi aux autres sources de droit les pratiques des habitants de Médine (Amal ahl al-Medina) à l'époque du Prophète Mohammad (PSL). Cette place majeure donnée à la coutume a favorisé l'acceptation de coutumes populaires rejetées par les autres courants. Le rite malikite s’est fortement développé dans l’Espagne musulmane. Le Malékisme s’est répandu en Afrique du Nord en Afrique de l’Ouest où il est quasi dominant, en Égypte (environ 20 %) et dans les Émirats Arabes Unis, au Koweït et au Qatar.             Chez les musulmans d’Europe, le Malékisme est présent en France, en Espagne, en Italie, en Belgique, aux Pays bas, au Danemark (du fait des migrants)

  1. LE CHAFIISME

            La troisième école est l'école chafiite, du nom de Al-Chafiite, né en 767 à Gaza et mort en 824 au Caire où il est enterré. C'est le premier des quatre fondateurs d'écoles à appartenir entièrement à l'époque abbasside. Le Chafiisme allait tenter de concilier la tendance des gens du hadîth et le raisonnement individuel, faisant de la sunna une source primordiale, considérée comme d'inspiration divine. Ainsi, le Chafiisme est un rite qui concilie Hanafisme et Malékisme. Cependant, l'école chaféite ne satisfaisait pas pleinement les traditionalistes intransigeants car elle faisait malgré tout intervenir le raisonnement. Or eux préféraient « une tradition faible à une forte analogie».

Cette école valorise la sunna comme source du droit, et insiste sur le consensus de toute la communauté, mais le point de vue des savants l'emporte, écartant par-là l'opinion personnelle. Le Chafi'isme s’est répandre en Syrie, en Irak, en Basse Égypte, au Khorassan, en Indonésie, en Malaisie, sur la côte de Somalie, au Yémen.

  1. LE HANBALISME

            Le Hanbalisme considéré comme le plus rigoureux et le plus conservateur dans sa vision de l’islam. Depuis Ahmad ibn Hanbal (mort en 855), les Hanbalites se reposent sur une interprétation littérale stricte du Coran. Le Hanbalisme est considéré comme l'école traditionnaliste par excellence. Pour le hanbalisme, les sources du droit sont surtout le Coran, le Hadith (à condition qu’il soit attribué directement a Mohammed), la Sunna (les pratiques du Prophète). Ibn Hanbal se méfiait du Quiyas (ou raisonnement par analogie) pour éviter tout éloignement de l’orthodoxie. Ce qui le rendait extrêmement rigoriste.

            Le Hanbalisme s’est répandu essentiellement dans la péninsule arabique où il est dominant. L’'école hanbalite a exercé et continue d'exercer une influence intellectuelle importante, en particulier sur les courants de pensée wahhabite et salafiste.

 

III. LE SOUFISME

  1. LES PRINCIPES FONDATEURS

            Le Soufisme est un mouvement religieux qui est apparu très tôt dans l’Islam. Il cherchait à travers l’intériorisation, la contemplation à arriver à la sagesse divine et à l’amour de Dieu. Du point de vue des idées, le soufisme est un courant ésotérique et initiatique, qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (Dha’her) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou Baa’tine). Il se caractérise par la recherche d'un état spirituel qui permet d'accéder à cette connaissance cachée.

            Déjà au 7eme siècle Abû Dhar, un compagnon de Mohamad (PSL) met, s'est distingué par sa piété, ses méditations prolongées et sa quête pour un Islam pur débarrassé des scories du monde matériel. Déjà, il dénonçait les puissants. Ce qui lui valut des ennuis. Certains de ses disciples commençaient à s’isoler et à former des cercles de méditations et de prières. Habillés en tenues de laines blanches (d’où le soufi – du mot « Souf », qui désigne la laine en arabe-).

            Ils commençaient à se rencontrer en cercles fermés pour pratiquer des incantations et des chants invoquant l’unicité de Dieu et la vanité des puissants de ce monde. Ils développent l’idée que le Prophète Mohammed aurait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu'il n'aurait partagées qu'avec quelques-uns de ses compagnons. Ils affirmaient avoir trouvé la vérité cachée que le musulman ordinaire ne peut découvrir seul par les prières ou la lecture du Coran. Ils affirmaient que l’Islam ne se réduisait pas à des actes physiques mais qu’il a une dimension spirituelle. Cette réalité spirituelle est vécue par la quête de cette vérité qui conduit à une parfaite connaissance d’Allah et au Salut, ne peut être obtenu sans une purification de l’âme.

Le Soufisme cherchait à travers l’intériorisation, la contemplation à arriver à la sagesse divine et à l’amour d’Allah. C’est un courant ésotérique et initiatique, qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou «Zahir») et un aspect intérieur caché (ésotérique ou «Batin»). Le Hadith omarien explique la vertu : « « Fais-moi connaître la Vertu », et le Prophète(PSL) lui répondit : «La vertu consiste à adorer Dieu, comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit.» 

Le soufisme a donc pour objectif la recherche de l'agrément d’Allah, la promotion du Tawhîd – « science de l'unicité de Dieu ». Il combine la charia, la loi islamique et la recherche de cette vérité cachée. L'adhésion au Coran y est un nécessaire préalable à la compréhension du monde. Pour eux, les rites sont inutiles s'ils ne sont pas accomplis avec sincérité.

Il a fallu attendre le 11eme siècle pour que le mouvement réapparaisse sous une forme nouvelle avec une doctrine cohérente et dans un contexte plus favorable.

  1. LES COURANTS SOUFISTES

  1. LA QADIRIYA

La première confrérie soufiste d’importance qui est apparue a été fondée par Abdelkader El-Djeilani (1075-1166) à Bagdad. En référence en son nom, elle a été appelée Qadiriya. Sur le plan doctrinal, Al Djeilani prône les mêmes principes fondateurs du Soufisme et fonde les premiers cercles. La Qadiriya reste donc la confrérie orthodoxe la plus proche des concepts originels du Soufisme. Mais Al Djeilani précise que l’on ne peut atteindre véritablement le salut et l’amour véritable d’Allah et de son Prophète qu’au travers d’une chaine initiatique ininterrompue qui doit relier tout Guide soufi authentique au Prophète de l'islam. D’où la nécessité de se confier à un Cheikh, un intermédiaire qui va vous conduire sur le juste voie. Ainsi dans son développement postérieur la Qadiriya va relier chaque disciple à un Maitre et chaque maitre à un Cheikh supérieur. C’est le moyen de transmettre cette vérité cachée tant recherchée par les disciples. Cet apport marquera le Soufisme pour toujours.

            Cette organisation ésotérique et hiérarchisée sera d’ailleurs adoptée par tous les courants soufistes par la suite. Désormais les lieux de rencontres des soufistes seront les Zaouïa, des centres qui tout en étant des mosquées sont aussi des lieux de culte et de méditation pour les soufis mais aussi d’éducation islamique. La Qadiriya devient vite une grande confrérie et se répand à travers tout le monde musulman de l’Irak à l’Indonésie ; puis en Egypte, puis au Maghreb et en Afrique noire.

  1. LA CHADHILIYA

La deuxième confrérie soufiste d’importance à voir le jour est la Chadhiliya. Elle a été fondée par Abou El-Hassane Ali Ben Abdallah Chadhili né près de Ceuta. Il fit ses études à Fez et surtout à Tunis. Il meurt en 1258  en haute Égypte.

La doctrine de la Chadhiliya tente de faire coïncider l’orthodoxie doctrinale et la             réalisation spirituelle à travers la pratique intensive du Dhikr (invocation du nom             d’Allah). La Chadhiliya prône un soufisme discret loin de toute action             ostentatoire.

La Chadhiliya va se généraliser au Maghreb, touchera l’Egypte, la Syrie. Du     Sahara elle gagnera certaines parties de l’Afrique de l’Ouest.

  1. LA TIJANIYA

La troisième confrérie soufiste apparue au Maghreb et en Afrique de l’Ouest par ordre chronologique est la Tijaniya. Elle a été fondée par Abou Al Abbas Ahmed Tijani, un chérif né en Algérie en 1737 et mort en 1815 à Fez au Maroc où se trouve son mausolée. À quarante-six ans, il aurait vu une apparition du Prophète Mohammed lors d'une retraite au cours de laquelle celui-ci lui aurait dit qu'il était son garant, son maître choisi et son éducateur exclusif.  Il lui aurait ordonné aussi de délaisser tout ce qu'il avait reçu des différents maîtres rencontrés et de leurs voies spirituelles, et de répandre sa nouvelle doctrine. Il lui aurait ordonné de créer un rite spécial fait de Dhikr. La doctrine se fonde sur un accès à Dieu par la prière et la méditation.

La Tijaniya s’est diffusée d’abord en Algérie puis au Maroc. Elle va traverser le Sahara pour s’implanter dans toute l’Afrique occidentale. Elle se répandra au Soudan aussi.

  1. LA RÉACTION AU SOUFISME

La réaction au Soufisme a été très forte dans certains milieux musulmansAl-Jawzi au 12eme siècle dans un écrit célèbre développe une critique du soufisme de son temps, considéré comme pratiquant des « innovations injustifiées ». Il rapporte également les propos d’érudits hanbalites qui étaient également très opposé au soufisme, les accusant de « dérives hétérodoxes » d’exagérations.

Mais c’est IbnTaymiyah, un érudit mais un personnage très controversé (il a été mis en prison du fait de ses positions touchant au dogme) qui a dénoncé au 13eme siècle plusieurs « dérives » du soufisme. Certains estiment que ce sont ses disciples qui ont exagéré cette attitude s. L’un d’eux,  fondateur du Wahabisme, Mohamed Abdel Wahab. est allé trop loin dans ses critiques. Mais il a eu peu d’échos avant la fondation du royaume d’Arabie Saoudite. Le Wahhâbisme s’est répandu avec l’émergence de ce royaume sur la scène politico-religieuse grâce à ses moyens financiers énormes.

Le Wahhâbisme est mis en cause dans les dérives salafistes actuels, dérives qui ont conduit certains Salafistes à l’extrémisme violent s’écartant ainsi de cette Wassatiya ou la Voie Médiame qui est le fondement de l’Islam.

            L'école dite rationaliste et réformiste de l'égyptien Muhammad Abduh (fin du XIXe - début du XXe siècle) s'opposait radicalement au Soufisme, considéré comme une des principales raisons de la décadence des musulmans, par son supposé encouragement du fatalisme et de l'inertie, et par les superstitions et les mythes qu'il est censé avoir introduits.

           L’affrontement permanent entre soufis et anti-soufis continue de nos jours et même de manière accentuée, car il s'agit d'un conflit ancien et permanent. Mais le conflit qui était dans le passé limité à un "conflit d'experts" prend de nouvelles dimensions grâce moyens modernes de communication qui donnent la possibilité à tous de s'exprimer.

  1. LE SOUFISME EN MAURITANIE

  2. LA QADIRIYA

La Qadiriya est arrivée au Maroc dès 1190 en provenance de la Mésopotamie. Elle s’est répandue au Sahara et dans certaines zones du Soudan, dès 1540 grâce à Abdel Kerim Tlemcen. En Mauritanie, elle arrivée plus tardivement à partir du milieu du 18eme siècle

  • LA BEKKAIA

C’est grâce à Cheikh Sidi El Mokhtar El Kinty (1729-1811) de la tribu des Kounta de  l’Azawad (Mali actuel) qui par son intelligence, développe la voie Qadiriya qui devient ainsi celle qui regroupe le plus d'affiliés dans la partie occidentale du Sahara. Il propage ainsi la voie auprès des Kounta du Tiris, de l'Adrar, du Tagant et des deux Hodh. Son fils Cheikh Sidi Mohamed lui succède. C’est la Qadiriya Bekkaia (du nom de Bekkaye un ancêtre de Sidi El Mokhtar El Kinty), première variante de la Qadiriya en Mauritanie.

            La Bekkaia se développa au soudan et atteint le pays Macina, le Bornou et le pays haoussa et Foulani comme le royaume de Sokoto. Elle affrontera Cheikh El Hadj Omar Tall, grand propagateur de la Tijania au Soudan et en pays Haoussa et Foulani.

            A la mort de ce dernier (1825), la direction de la confrérie revient sans contestation à celui qui a été le disciple le plus remarquable de son père et le sien, Cheikh Sidiya El Kebir, de la tribu des Oulad Ebiery qui l’a répandu au Trarza, sa région d’origine puis au Brakna et en Adrar à partir du début du 19eme siècle. Elle atteindra les régions mandingues du Sénégal, la Casamance et la Gambie.

            Dans ce contexte on verra l’apparition du Moralisme, une nouvelle confrérie qui a des liens avec la Quadiriya mais qui est autonome. Elle a été   fondée par Cheikh Ahmedou Bamba. Elle a beaucoup d’adeptes au Sénégal en particulier chez les e Wolofs.

            Cheikh Sidiya El Kebir (1780-1869) n'a qu'un seul fils qui meurt un an après lui. Son petit-fils, Cheikh Sidiya Baba (1862-1924) qui prend la succession continuera cette œuvre. Il favorisera l’entrée des Français en Mauritanie pour lutter contre l’insécurité et les pillages entrepris dit-il par les guerriers Hassane.

LA FADELIA

La deuxième version est la Qadiriya Fadelia, réformée par Cheikh Mohamed Fadel Ould Mamina (1780-1870), de la tribu des Ehel Taleb Mokhtar du Hodh Echarghi. Ses deux fils Cheikh Saad Bouh a répandu la Fadelia au Trarza, au Sénégal, en Guinée et Cheikh Maalainine, son demi-frère qui a été résistant à la pénétration coloniale en Mauritanie l’a répandu en Adrar, au Sahara occidental et au Maroc où il est mort à Tiznit en 1910 en tentant de s’emparer du trône du Maroc. N’eut été Lyautey et les Français, cela aurait pu arriver.

  1. LA CHADHILIYA

La Chadhiliya s’est répandue véritablement avec Sidi Abdoullah Ould Hadj Brahim, un érudit de la tribu des Idawaly du Tagant qui s’était rendu en pèlerinage et au retour avait adopté la Chadhiliya à Fez. Rentré vers 1778, il l’a répandu à travers ses disciples comme Ethfagha Al Khattat, Tweirjenne. Du Tagant, puis de l’Assaba

La Chadhiliya a gagné le Trarza avec des érudits comme El Kory Ould Bezeid, Ahmed El Aghel, Mohand Baba Ould Abeid et surtout Lemrabott Ould Moutali, grand cheikh Chadhili qui a eu beaucoup de disciples qui furent de grands érudits tels Yehdhih Ould Abdel Wedoud, Mohamed Salem Ould Elouma,

LA GHOUDHFIYA

La Ghoudhviya est une confrérie soufiste mixte entre Chadhiliya et Qadiriya. C’est une confrérie typiquement locale fondée par Cheikh Mohamed Laghdaf, un cheikh de la tribu des Oulad Daoud et qui était basé non loin de Nara (Mali actuel) près de la frontière actuelle de la Mauritanie. Elle a été propagée par la suite par Cheikh Al Ghazouani et Cheikh Mahfoud Ould Boyé. Elle est très peu répandue.

  1. LA TIJANIYA

  • LA HAFIDHIYA

La Tijaniya, est entrée en Mauritanie avec Cheikh Mohamed El Hafed El Alaoui vers 1820. Il a rencontré Cheikh Tijani directement à Fez et il reçut de lui la voie soufiste. Il a été le premier cheikh de la Tijania en Mauritanie et en Afrique de l’Ouest. On l’a appelé la Tijaniya Hafedhiya en référence à son nom. Grâce à lui, la Tijaniya est entrée au Sénégal et dans quelques endroits du Fouta Djallon. Plus tard, El Hadj Omar Tall l’a consolidé dans ces régions tout en l’introduisant au Mali au détriment de la Qadiriya.

La Tijania a vite progressé au Sud-ouest mauritanien et au Fouta sur les deux rives du Fleuve Sénégal à la fin du 19eme siècle et au début du 20eme, grâce à des Cheikhs comme Bedi Ould Sidina, Seyid Moloud Vall, Mohamed Vall Baba dit Bah.

  • LE HAMALISME

Le Hamalisme, créé par Cheikh Hamahoullah Ould Mohamedou (1883-1943), un Chérif de Tichit, installé à Nioro (Mali). Le Hamalisme se répandra dans les deux Hodh, au Gorgol, au Mali et en Côte d’Ivoire. Grand résistant, Cheikh Hamahoullah inquiéta l’Administration coloniale qui l’interna à Mederdra dans le Trarza en 1925 puis, il sera déporté en Côte d'Ivoire de 1930 à 1935. Le 10 septembre 1940, suite à une guerre tribale entre des tribus du Hodh impliquant fortement ses disciples, il est à nouveau arrêté à Nioro, puis déporté à Oran, ensuite à Cassaigne (Sidi- Ali) en Algérie avant d'être transféré par le gouvernement de Vichy en France à Évaux-les-Bains, dans la Creuse puis à Montluçon où il décède le  16 janvierb1943 et où sa tombe est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage. Cependant, une partie de ses disciples, infimes, il est vrai n'admet pas sa mort et vit encore dans l'attente de son « retour ».

Le Hamalisme ou Hamaouiya est assez répandu au Hodh El Gharbi, une partie du Hodh Charghi , au Gorgol et dans la région de Nioro au Mali.

  • L’IBRAHIMIYA

            L’Ibrahimiya créé par Cheikh Ibrahim Niasse, un marabout sénégalais de Kaolack (Sénégal) en 1929. Grand érudit, Cheikh Ibrahim Niasse va renouveler une partie de la Tijaniya. A la fin des années 60, grâce à son érudition, à son     action sur le terrain, son implantation au nord Nigéria, son action éducative, il se trouve à la tête d'une communauté transnationale de plusieurs millions de membres répartis entre le Nord Nigéria, lieu par excellence de son rayonnement, la Mauritanie, et l’Afrique de l’Ouest. Premier Chef religieux ouest africain à établir des contacts avec les organisations islamiques internationales, Cheikh Brahim Niasse a été membre fondateur et Vice-président de la ligue Mondiale Islamique basée à la Mecque, membre de l'Académie de Recherches de l'Université d'Al-Azhar.

  1. LE MOURIDISME

C’est est une confrérie soufie qui a été fondée par Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), un rénovateur apparu au Sénégal dans un contexte où la colonisation avait grandement perturbé l’ordre social. Opposé à la colonisation, Cheikh Ahmedou Bamba a été exilé pendant neuf ans au Gabon puis il a été éloigné pendant deux ans en Mauritanie.  Revenu, son influence n’a fait que grandir au Sénégal.

Le Mouridisme est une voie fortement influencée par la Qadiriya dont elle est dérivée. Elle est répandue au Sénégal et présente de façon très limités dans ces mêmes milieux en Mauritanie.

Le séjour qu’a effectué de Cheikh Ahmedou Bamba en Mauritanie a créé des liens assez forts avec des Cheikhs en particulier Cheikh Sidiya Baba et certains autres marabouts.

 

 

 

 

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